Qui est le Dionysos de dionysos.org ?


Le réseau est la dernière (comprenez la plus récente) demeure d’un dieu barbu, Dionysos.

 Inventeur ou accoucheur de la politique au travers des fêtes tragiques, ces cérémonies de mouvement et d’être ensemble dont il ne nous reste que la forme figée en texte, les tragédies d’Eschyle, Sophocle et Euripide. Il préside aux fêtes, celles des dionysies, aux ivresses, aux cycles de la vie et de la mort.

C’est le dieu de ce qui circule, de se qui se reforme sans cesse, c’est le dieu des rapports de l’individu et du groupe, et de la perpétuelle reconstitution de la communauté. C’est le dieu qui réactive sans cesse ce qui menace de se figer. C’est le dieu d’une invitation à être ensemble et à faire ensemble dans un élan poétique, au sens grec, au sens de faire (poiésis).

 D’où vient Dionysos ?

 Le culte dionysiaque est d’origine paysanne. Il sanctionne alors le lien de solidarité et de commune appartenance entre membres de micro-communautés. C’est une cérémonie festive, célébrant l’abondance des récoltes et des vendanges, mais aussi celui de la vie et de la mort incarnée dans le cycle naturel. Dionysos est aussi l’étranger, le dieu qui vient toujours d’ailleurs, l’autre qu’apportent d’autres hommes, qui révèle leur existence et la communauté que nous formons avec eux.

Il gagne Athènes lorsque le démos, le Peuple des hommes libres athéniens, demande à être associé à la vie de la cité. En prenant pied dans la cité, pour animer la communauté, il change de forme, et s’incarne dans le concours tragique.

La tragédie, un spectacle de plus ? Lâchez tout. Oubliez tout. Le théâtre de Dionysos ne ressemble en rien au théâtre tel que nous le connaissons. La création des concours tragiques coïncide avec, accompagne, provoque, fertilise, la naissance de la cité athénienne. Le spectacle ne fût pas de tout temps dépourvu de participation comme dans nos sociétés modernes où la passivité fait figure de panacée (le spectateur, écrasé dans son fauteuil, voit sa participation réduite au paiement d’un droit d’entrée, qu’il manifeste trop fort son mécontentement, et il sera expulsé). Il y eut du spectacle avant le spectacle, il s’agit de le retrouver, donc de le recréer avec nos moyens. Dans le théâtre tragique Athénien, acteurs, choeur et citoyens (car ils étaient citoyens avant que spectateurs : les représentations étaient une obligation, et la cité subventionnait le droit d’entrée des plus pauvres) maintenaient un dialogue perpétuel, le choeur représentant les citoyens au sein de la représentation.

 Le spectacle tragique est le moment paroxystique d’un être ensemble à la recherche de valeurs nouvelles, et doit fertiliser tous les participants.

C’est dans ce théâtre que naît le vote, qui n’est pas détachement, mais expression avec les autres, mais engagement dans l’être avec les autres. Plus tard le choeur disparaissant, la tragédie devient spectacle.

 La naissance de la cité Grecque, correspond à l’assomption collective d’une culture esthétique. Mais nous sommes avant tout spectacle, il existe bien un scénario du mythe, des histoires du mythe et de la Cité, mais ni les unes ni l’autre ne sont la propriété de personne, ni les unes ni les autres n’ont encore été figées dans une représentation qui place d’un côté le texte supposé immuable et indépendant, de l’autre le spectateur, anonyme et interchangeable, et entre deux le dispositif d’une représentation qui les scinde. Le système tragique Athénien construisait un dispositif politique participatif, les artistes de la tragédie initiaient un dialogue du type de la démocratie, du type d’un échange entre égaux.

Le théâtre Athénien forma une chambre d’acquisition et d’expression de la démocratie (politique et art déjà mêlés comme toujours).

 Que veut Dionysos.org ? Dionysos.org entend s’inscrire dans ce moment où art, collectivité humaine festive et collectivité politique toujours à créer se fécondent et se renforcent les uns les autres. Et dispose pour ce faire d’un outil, d’un milieu, d’une structure collective encore malentendue, Internet.

 Internet, fête, participation, mutualisation, élaboration consciente du groupe avec et au delà des individualités, sont les propositions de dionysos.org. Dans une société politiquement exsangue, décharnée, en lambeaux, il faut réactualiser le sentiment de l’être ensemble. L’expérience esthétique partagée, l’élaboration esthétique, est un point d’entrée privilégié sur ce phénomène. Dans ce que j’aime et que je te propose, dans ce que tu trouves beau et vrai et que tu me donne à voir, s’engage un échange qui redonne l’autre comme être esthétique, comme goût, comme personne et comme égal.

 

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 Internet et la fête ? Tel est le fait, le fait de la fête.

Le réseau nous invite, parce qu’il la rend possible, à une fête, à une Bacchanale.

"Le vertige de la Bacchanale, où il n’est pas un paticipant qui ne soit ivre". Hegel

Abolissant la durée conventionnelle. Le réseau fait la somme des temps individuels, il héberge la journée infinie de ceux qui le fréquentent, une journée où il est toujours à la fois toutes les heures. Ignorant la différence spatiale, la distance, la géographie. Le réseau est de tous les lieux, le réseau abolit les frontières physiques, les frontières nationales, les différences de statut (dans une certaine mesure seulement, hélas) il met en contact. Je te parle où que tu sois, quand que tu sois, je viens à toi. Perdu pour l’espace et pour le temps, perdu dans l’espace et dans le temps fusionnels du réseau, l’individu. Le réseau offre un lieu à, il est, l’ivresse, la rencontre festive des individus. Un être ensemble débarrassé des limites et des écarts du quotidien. Mais aussi un risque de la confusion choisi et apprécié pour le moment de réelle rencontre qu’il offre, le moment de tension vers l’autre soudain si proche.

 Un scandale festif : Le désordre de Dionysos Ici, la fête se nomme participation. Si Internet nous propose la rencontre il nous propose de ne pas être des spectateurs. Ceux que Dionysos invitait à ses fêtes, il ne les invitait pas passivement. Idem ici. Les visiteurs ne sont pas des intrus, des yeux étrangers. Plus encore, il ne reste pas de place du spectateur. La participation est le degré zéro du fonctionnement d’un Internet festif, l’outil-instrument que constitue l’interface de la machine invite le visiteur à l’animation et à la participation.

Dionysos.org est le lieu d’une élaboration collective, celle d’avant le spectacle, un endroit où chacun peut y aller de sa contribution, et construire avec d’autres une oeuvre, des oeuvres, qui seront ensuite enrichies de nouvelles interventions. C’est un carrefour, un échange entre égaux, un laboratoire où les désirs des uns et des autres prennent forme dans une oeuvre commune, j’ouvre mon inspiration à la participation des autres, afin qu’elle leur serve de support de recherche. Du travail ensemble à l’être ensemble, le pas est vite franchi.

 Aujourd’hui et de nouveau, nous sommes dans un excès. Internet nous prouve que nous pouvons travailler ensemble, et ainsi, il nous prouve aussi que nous pouvons être ensemble.

Le réseau n’est pas qu’un aimable moyen de communication. Son existence des dix dernières années nous montre qu’il sait remplir d’autres tâches. En confrontant les visions du monde de ceux qui le fréquentent, leur permettant une élaboration collective de leurs vies, et de leurs choix. Nous avons des exemples de choix. Souvenons nous que le web a d’abord été l’outil des scientifiques (il est créé au CERN, pour les besoins des chercheurs). En dialoguant ouvertement à travers le monde, les chercheurs fécondent les uns les autres leurs recherches. Circulation généralisée des idées.

 Rappelons la puissance du mouvement du logiciel libre et l’exemplaire réussite de Linux. Une communauté de développeurs dialoguant à travers la planète et réalisant en quelques années un système d’exploitation libre, fonctionnel, entretenu, perpétué. La participation à Dionysos.org dépasse toujours déjà le cadre d’une émotion esthétique pour rencontrer la communauté des autres, dans une expérience cette fois ci démocratique.

 - Mais... Mais cela ne se fait pas sans ivresse, sans céder à une forme de déraison et de risque d’être ensemble. Celui qui dans le réseau se refuse au mélange, reproduit la figure éternelle de la maîtrise solitaire ne trouvera ni la fête ni l’ivresse. Il faut céder de quelque chose, il faut céder sur une certaine forme de la conscience de soi, abolir une frontière, accepter l’intervention de l’autre et de cet autre qu’est le réseau. Mécanisme et ivresse, risque et renoncement temporaire aux limites les plus confortables d’un soi immuable, que connurent les grecs.

Dionysos l’éternel étranger, celui qui n’est nulle part chez lui, celui qui ne s’assimile étroitement a aucun lieu et contredit les identités provoque aussi la réception du vin, de la substance qui alors permet de changer radicalement la perception de l’environnement social dans une ivresse sacrée et dangereuse. Alors accéder au partage d’une vision du monde qui ne soit ni de toi ni de moi, mais qui se réactualise sans fin dans la variété du collectif, répétant les mythes fondateurs de sa propre fondation, vécus avec leur exact poids de mythe, c’est à dire de vérité.

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Vos commentaires

  • Le 7 avril 2005 à 10:36, par Pierre Kadi Sossou

    C’est une vraie jouissance la découverte de ce dieu de communion et de collectivisation des intelligences.

    Répondre à ce commentaire