"Il semble alors que la nature se pervertisse devant lui. Pour la première fois il comprend l’immuable salacité des bois, découvre des priapées dans les futaies.
Ici l’arbre lui apparaît comme un être vivant, debout, la tête en bas, enfouie dans la chevelure de ses racines dressant des jambes en l’air, les écartant, puis se subdivisant en de nouvelles cuisses qui s’ouvrent, à leur tour, deviennent de plus en plus petites, à mesure qu’elle s’éloignent du tronc ; là entre ces jambes, une autre branche est enfoncée, en une immobile fornication qui se répète et diminue, de rameaux en rameaux jusqu’à la cime ; là encore le fût lui semble un phallus qui disparait sous une jupe de feuilles, ou bien il sort au contraire d’une toison verte et plonge dans le ventre velouté du sol.
Des images l’effarent.
Ce sont, dans le tronc même de l’arbre, des touffes de velour roux et des bouquets de mousse !
Partout les formes montent de la terre et jaillissent en désordre dans le firmament qui se satanise.
Il entre en rage, rêve que sous l’écorce une nymphe forestière habite, et il voudrait bafouiller dans de la chair de déesse, il voudrait trucider la Dryade, la violer à une place inconnue aux folies de l’homme."
Joris-Karl HUYSMANS, Là-bas (1891)


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par Pierre Troller (27)










